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LES MYSTÈRES DU LATIN BOTANIQUE.
LES MYSTÈRES DU LATIN BOTANIQUE
Introduction
On ne devrait pas se plaindre aujourd’hui de la difficulté à retenir les noms botaniques. Au début du XVIII° siècle, les savants, qui pratiquaient couramment le latin, n’hésitaient pas à affubler les végétaux de noms aussi interminables qu’imprononçables comme Hydroceratophyllum ou Hypophyllocarpodendron. Nous devons au Suédois Carl von Linné d’avoir introduit la double dénomination, qui nous oblige à retenir deux noms pour chaque espèce. Contrairement aux noms vernaculaires, où une rose trémière et une rose de Noël n’ont rien en commun, ce système a le mérite d’établir une parenté claire entre les différentes espèces. En 1737, à l’âge de 29 ans, il publia sa Critica botanica. Cela lui permit de rayer d’un trait de plume un grand nombre de noms utilisés par ses prédécesseurs. Il fit par exemple du perce-neige, autrefois un Leuco-Narcisso-Lirion, un simple Galanthus. Ses règles répondent le plus souvent à des principes de logique et de simplicité, mais certaines sont purement subjectives, répondant surtout à ce qu’il considérait être de bon goût.
Aujourd’hui, le Code international de nomenclature botanique stipule qu’un nom botanique peut provenir de n’importe quelle source, et être constitué de manière totalement arbitraire.
Il est interdit de créer un nom composé hybride à partir d’une partie latine et d’une partie grecque.
Un nom générique ne pouvait se terminer par-oides, -ella ou –aria. Si les noms mythologiques étaient très appréciés, il n’était pas question d’invoquer un saint ou un homme puissant dans le but d’obtenir sa bienveillance. Par contre, il était du meilleur ton d’honorer un savant émérite, même si la plupart devaient sombrer dans l’oubli le plus profond quelques années plus tard. Les noms génériques devaient encore avoir des terminaisons simples et être euphoniques, c’est-à-dire produire des sons harmonieux. Si beaucoup de ces canons sont négligés aujourd’hui, Linné eut le mérite de jeter les bases d’une nomenclature botanique pratique et structurée. La plupart des botanistes modernes continuent à travailler dans le même esprit, ce qui a permis le maintien d’une certaine homogénéité dans la nomenclature botanique depuis trois siècles.
Aujourd’hui, le Code international de nomenclature botanique peut provenir de n’importe quelle source, être constitué de manière totalement arbitraire. De la sorte, on trouve des acronymes d’instituts scientifiques, et même des noms très plaisants, qui ne veulent absolument rien dire. Un exemple amusant est celui du Quisqualis (du latin « quis ? », « qui ? » et qualis ?, « de quelle sorte ? »), dont il existe au moins une trentaine d’espèces. Les trouvailles récentes n’ont pas d’emblée une place au jardin, ce qui nous épargne des noms d’inspiration très britannique, comme, Amoora ou Calibanus, ou très gauloise, comme Beautempsia et Boutiquea.
Un besoin vieux comme le monde de nommer et de classer
Buxus sempervirens, Taxus baccata, Fagus sylvatica. Ces fidèles du jardin nous sont à ces points familiers que ces doubles dénominations nous paraissent aussi naturelles que les noms et prénoms de nos amis. Pourtant, les noms des plantes ne furent pas toujours aussi simples ni aussi précis. Les noms furent longtemps donnés à des plantes individuelles, sans tenir compte de leur parenté. Les scientifiques s’attachèrent plus tard à classer le monde végétal et à attribuer les noms en conséquence. En botanique, il convient en effet de distinguer les questions de taxonomie (du grec taxos, ordre, et nomos, loi), relatives à la classification des plantes, et les questions de nomenclature (nomenclatura, désignation par le nom), relatives aux noms scientifiques correspondant à un système de classement. D’innombrables tentatives de classification échouèrent avant d’aboutir à un système qui, si elle n’est pas parfaite, a au moins le mérite d’être universelle.
Les auteurs classiques
Parmi les plantes les plus répandues dans nos jardins, beaucoup portent des noms qui nous sont parvenus quasiment inchangés depuis l’Antiquité grecque, comme Achillea, Anemone, Daphne, Scylla, Lychnis, ou romaine, comme Pinus, Quercus, Lilium, Hedera, Laurus. Nous savons que les herboristes de l »époque étaient capables de distinguer et de mémoriser un grand nombre de plantes.
Le premier à réfléchir à la structure des plantes et à s’être efforcé de leur trouver des caractéristiques communes semble avoir été Aristote (384-322 av. J.-C.). Il créa un jardin botanique à Athènes de quelque cinq cents spécimens. Les écrits d’Aristote furent malheureusement perdus pour la postérité, mais son disciple, Théophraste d’Érèse (v. 372-287 av. J.-C.), hérita de son jardin et poursuivit son œuvre. On le considère aujourd’hui comme le fondateur de la botanique, car il fut le premier à développer des concepts de morphologie et de classification qui demeurèrent inchangés pendant de siècles, jusqu’à ce que le microscope ne révèle les structures intimes de la fleur. Parmi les quelques deux cents traités de botanique qu’il aurait écrits, seuls deux survécurent sous forme de traductions latines : De causis plantarum et De historia plantarum. Il fut le premier à qualifier de fleur (anthos), indépendamment de son apparence, tout ce qui était indissociable de la future graine. Théophraste décrivit avec une précision remarquable un grand nombre de plantes de l’Attique. Il fut suivi au 1er siècle par Dioscoride, auquel nous devons le premier herbier illustré de plantes médicinales. Cet ouvrage se maintint comme référence incontournable de botanique médicale en Europe pendant quinze siècles.
Les herbiers de la renaissance
Alchemilla, Aquilegia, Calendula, Linaria, Tanacetum sont de jolis noms médiévaux. Les moines avaient réalisé des herbiers intéressants dès le Moyen Âge, mais ce fut l’avènement de l’imprimerie qui fit le succès des herbiers, qui décrivaient le plus souvent des plantes utiles en médecine. Le Nouvel Herbier de Leonhart Fuchs (1501-1566), imprimé en 1543 et illustré par de remarquables gravures sur bois, devint une référence très populaire. Ce médecin et herboriste allemand aurait été le premier à avoir créé des noms de plantes en latin. On lui attribue par exemple Campanula et Digitalis, des choix qui furent ultérieurement confirmés par Linné.
L’invention de la loupe, puis celle du microscope vers 1590 ouvrirent une ère nouvelle de découvertes botaniques. Alors qu’auparavant les plantes médicinales avaient été privilégiées, les botanistes du XVII ͤ siècle se mirent à étudier l’ensemble du monde végétal, avec un intérêt particulier pour les plantes exotiques qui arrivaient d’Asie et des Amériques. Charles de Lécluse (1526-1609), dit Clusius, acclimata une importante collection de bulbes à fleurs dans son « hortus conclusus » de Leyde, lançant la mode de la culture des bulbes en Hollande. Il publia sa Rariorum plantarum historia à Anvers en 1601. Les plantes ornementales, la tulipe en particulier, déchaînèrent les passions. Au faîte de la « tulipomanie » qui avait saisi les Pays-Bas, les bulbes s’échangeaient à prix d’or. Ces glorieuses floraisons firent les beaux jours des grands peintres naturalistes hollandais.
Plusieurs botanistes français contribuèrent de manière significative aux connaissances de l’époque. Le père Charles Plumier (1646-1704) découvrit de nombreux genres nouveaux lors de ses expéditions aux Antilles et au Caraïbes et initia la pratique d’honorer des botanistes connus comme Fuchs et Magnol dans Fuchsia et Magnolia. Joseph Piton de Tournefort (1656-1708) apporta plus de clarté dans la terminologie botanique et une méthode de description générique dans son Institutiones rei herbariae de 1700. Collecteur de plantes aventureux, il ramena 1300 spécimens d’une expédition dans le Levant et n’hésitait pas à prélever ce qui l’intéressait dans les jardins, sans l’avis des propriétaires. De plus en plus, la fleur fut considérée comme l’organe essentiel permettant la classification des plantes. Ce n’est qu’à la fin du XVIIe siècle, époque où l’on commença à peine à égratigner les mythes de la création et de la procréation, que l’on se mit à comprendre les fonctions véritables des parties florales de la plante. Sébastien Vaillant (1669-1722) publia son Discours sur la structure des fleurs en 1717, élaborant la thèse révolutionnaire de l’existence d’une sexualité des fleurs, comparable à celle de l’homme. Il fut le premier à reconnaître dans le pollen l’élément mâle de la fleur. La reproduction sexuée venait d’être prouvée de manière expérimentale par le botaniste allemand Camerarius ; en supprimant les étamines de plantes de ricin, il n’obtenait pas de graines. Ses observations, exposées dans De sexu plantarum epistola (1694), furent largement reprises par Linné. Ces découvertes aboutirent à un système de classification basé uniquement sur la sexualité qui nécessita une terminologie nouvelle. Vaillant inventa les termes nécessaires à la description des parties mâles et femelles, dont certains, tels que stamina pour les étamines, se sont imposés dans la terminologie botanique.
Linné, le grand classificateur
A la veille du siècle des lumières, en 1690, le philosophe anglais John Locke publia son Essai sur l’entendement humain, préconisant que les idées humaines s’expriment de manière simple, concise et conforme à des conventions acceptées par tous. Cette consigne allait remettre en question les botanistes de l’époque qui excellaient à des descriptions aussi confuses qu’interminables. Pour parler de l’églantier, Rosa canina, il fallait par exemple une belle périphrase : Rosa sylvestris alba cum rubore, folio glabro.
Le Suédois Carl von Linné (1707-1778) vint mettre de l’ordre dans ce chaos. Dans son Systema naturae (1758), il entreprit l’œuvre considérable de classer l’ensemble du monde vivant par embranchement, classe, ordre, famille, genre, espèce et sous-espèce. Chaque animal et chaque végétal fut dorénavant désigné de manière simple et univoque par son nom de genre et d’espèce en latin. C’est ce que l’on appelle le système binominal, système qui dicte aujourd’hui encore nos étiquettes de jardin. Cette pratique fut établie dans son « opus maximum », Species plantarum, publié en 1753. On y trouve les descriptions détaillées de 6000 espèces de plantes du monde entier. Le classement des végétaux en genres qu’effectua Linné reposait presque exclusivement sur la structure des parties reproductrices des plantes. Une de ses seules faiblesses fut peut-être sa curieuse obsession sur certains aspects sexuels. « Les parties sexuelles des plantes, écrivit-il, nous les considérons avec ravissement, celles des animaux avec abomination et les nôtres, avec d’étranges pensées. » Il fit une étude approfondie de ce qu’il appelait « les noces florales » dans laquelle il décrivit les pétales des fleurs comme « des couches nuptiales, glorieusement disposées par le Créateur, drapées de manière si noble et parfumées de tant de douces senteurs que le marié pourra y célébrer ses noces avec la mariée en grande solennité ». Ses contemporains, dont certains savants britanniques en mal de revanche, s’empressèrent de le traiter de pornographe !
Linné nomma un grand nombre de plantes en puisant dans les auteurs anciens, en inventant des noms composés à partir du grec, en faisant appel à tous les dieux de l’Olympe et en honorant ses vénérables collègues, professeurs et disciples. Il établit de véritables canons pour les néologismes, à son usage et à celui de ses successeurs. D’innombrables plantes présentes dans tous les jardins furent baptisées par ses soins ; Artemisia, Aquilegia, Anemone, Centaurea, Juglans, Lobelia, Lathyrus, Saxifraga, Thymus, etc.
Les noms modernes
Celui qui identifie une nouvelle espèce a le privilège de lui trouver un nom. Aujourd’hui, n’étant plus tenus de respecter les règles d’or de Linné, on peut littéralement donner n’importe quel nom à une plante, à condition qu’elle n’ait pas été nommée précédemment. C’est le « principe d’antériorité » : celui qui le premier a fait une description valable d’une plante garde le privilège de la nommer, même si ce nom n’est pas du goût de tous. Une description valable est une description complète, en latin, permettant d’identifier le spécimen sans aucune ambiguïté (une photo n’est pas suffisante). Depuis 1950, le Code international de la nomenclature botanique (CINB), établit « les règles internationales convenues qui régissent l’art et la manière de donner aux plantes des noms sûrs et stables, compris de tous et dont la signification soit univoque ».
Le Code établit qu’un nom de genre ou d’espèce peut avoir n’importe quelle origine, même arbitraire. Que ce nom vienne du latin, du grec, d’une langue indigène, d’un nom de personne, d’un lieu géographique, ou même d’une anagramme, il sera toujours réputé « latin ». C’est pourquoi nous parlons de latin botanique alors qu’Aucuba et Akebia sont japonais, Ananas est brésilien, Catalpa vient des Indiens d’Amérique, Amelanchier fut repris du provençal et Armeria est d’origine celte. La recommandation 20 du Code préconise cependant l’utilisation, dans la mesure du possible, de terminaisons latines, d’éviter les noms imprononçables, trop longs ou inadaptables au latin et de s’abstenir d’honorer des personnalités extérieures à la botanique ou aux sciences naturelles. La modestie scientifique impose bien entendu de ne pas donner son propre nom à sa trouvaille ! Mais il se trouve toujours un confrère bienveillant.
Il reste le problème épineux des champignons de noms qui irritent à juste titre tous les jardiniers. Sachant que ces changements ne sont pas le fruit de la créativité intempestive d’un quelconque botaniste. Le CINB limite strictement la création de noms inutiles et stipule que « les seules raisons qui justifient un changement de nom sont soit une connaissance plus approfondie des faits, résultant d’une étude taxonomique adéquate, soit la nécessité d’abandonner une nomenclature contraire aus règles ». Le « principe d’antériorité » suffit pour justifier un changement ; si l’on peut prouver qu’une plante, parmi les quelque 600 000 espèces végétales connues de par le monde, a été précédemment décrite de manière valable, ce premier nom s’impose. Le regroupement de deux genres en un seul ou au contraire la subdivision d’un genre en deux genres distinct en fonction d’une connaissance plus approfondie de leurs caractéristiques est la cause la plus fréquente de changement. Le congrès international de Botanique étudie les demandes de reclassement qui lui sont adressées et tranche ces questions épineuses. Il a par exemple introduit une distinction entre Crocosmia et Montbretia. À l’inverse, Acidanthera a été intégré dans Gladiolus, Chamomilla dans Matricaria, Cheiranthus dans Erysimum. Il est probable que, dans un avenir, proche, le genre Lychnis sera fondu dans le genre Silene, puisqu’il paraît impossible d’établir une séparation claire et nette entre ces deux genres.
Conventions orthographiques et grammaticales
Depuis l’introduction du système binominal par Linné, un nom botanique doit être composé au minimum d’un nom de genre, regroupant les plantes affines, qui présentent des caractéristiques communes, suivi d’un deuxième nom permettant de caractériser l’espèce sans ambiguïté. Ce dernier appelé « épithète spécifique », est souvent un adjectif descriptif. La convention veut que le genre soit toujours écrit avec majuscule, l’espèce avec minuscule et que le tout soit écrit de préférence en italique, par exemple Rosa canina.
Remarquons que les noms vernaculaires, c'est-à-dire les noms communs dans les langues autres que le latin, se contentent d’une minuscule alors que les variétés horticoles prennent la majuscule. On écrira : « Vos hortensias sont d’un bleu incomparable, ma chère. Seraient-ce des Hydrangea macrophylla « Blue Bonnet » ? »
Les horticulteurs développent continuellement de nouvelles plantes dont certains caractères, de couleur notamment, sont d’un intérêt particulier pour le jardinier. Ces variantes, obtenues par croisement, par mutation ou par hasard, sont regroupées sous le terme de « cultivar » (contraction de l’anglais cutivated variety). Le cultivar est indiqué entre guillemets simples, avec majuscule et en caractères romains, généralement dans une langue autre que le latin. Les obtenteurs y rivalisent d’imagination et parfois de mauvais goût ; on peut lire les catalogues Euphorbia ‘Humpty Dumpty’, Magnolia ‘Hot Pants’, Dahlia ‘Wootton Cupid’ ou Pelargonium ‘Tip Top Duet’.L’hybride, croisement entre deux genres ou deux espèces différentes, est indiqué par le signe de multiplication x. Par exemple, Magnolia x loebneri est issu du croisement de Magnolia stellata et de Magnolia kobus.
Le nom de genre est un substantif, latin ou latinisé à partir d’un nom grec ou étranger ou d’un nom propre. Il est presque toujours au nominatif singulier et peut être de genre masculin, féminin ou neutre :
- Sont masculins :
Les terminaisons en –us à l’exception des noms d’arbres
Les terminaisons grecques en –on à l’exception de –dendron
- Sont féminins :
Les terminaisons en –a à l’exception des terminaisons grecques en –ma les noms d’arbres en –us (ex. Pinus, Sorbus, Quercus)
Les terminaisons en –ago, -ix, -oides,-is, et -es (ex. Plumbago, Salix)
- Sont neutres :
Les terminaisons en –um
Les terminaisons grecques en –ma (ex. Ceratostigma)
Les noms terminés par –dendron (ex. Rhododendron)
Le nom d’espèce est presque toujours une épithète qui s’accorde en genre et en nombre avec le nom qui la précède.
Les noms d’espèces au masculin peuvent ce mettre également au féminin et au neutre.
Les règles assez simples :
- Les adjectifs en –us font –a au féminin et –um au neutre (ex. robustus, robusta, robustum).
- Les adjectifs en –er font –ra et –rum (ex. niger, nigra, nigrum) ou –ris et –re (ex. acer, acris, acre)
- Les adjectifs en –is font –is et –e (ex. utilis, utilis, utile)
- Tous les autres restent invariables y compris les participes présents en –ens (ex. repens) ou –ans (ex. candicans)
L’art de créer des noms : les botanistes ont de l’inspiration
On vise à fournir un accès aisé au latin botanique en classant les noms en fonction de leur sens. Dans l’immense diversité des noms, on constate que les botanistes ont suivi un nombre limité de pistes. Un premier groupe de noms est essentiellement descriptif : un élément caractéristique de la plante est mis en évidence. Cela peut être sa forme générale, ses feuilles, ses fleurs, ses racines, ses fruits ou sa couleur. Interviennent ensuite des éléments plus subjectifs ; des qualités visuelles, gustatives ou olfactives ou encore des propriétés curatives qu’on lui attribue. La mythologie offrir une source inépuisable d’inspiration, selon une tradition établie dès l’Antiquité.
Les parties de la plante en latin et en grec.
Pour exprimer plus précisément les infinies subtilités des formes végétales, le latin botanique a largement recours aux mots composés formés à partir d’éléments latins, mais plus souvent encore à partir de racines grecques. Les botanistes bon ton tâchent de constituer des mots composés soit exclusivement d’éléments latins, soit exclusivement d’éléments grecs. Pour l’épithète « à grandes feuilles », on trouvera comme synonymes grandifolius (du latin) et macrophyllus (du grec) ; en revanche grandiphyllus est proscrit. Un certain flou linguistique règne cependant, puisque le latin botanique moderne a adopté bon nombre de termes grecs. Par exemple, petalum, qui n’existait pas en latin classique, est une latinisation de petalon. Le dictionnaire nous apprend en passant que Petalus et Petale étaient en réalité des prénoms masculin et féminin ; malheureusement le calendrier des saints semble avoir supplanté ces jolis noms romains. Au cœur de ces noms composés se trouve fréquemment une partie de la plante : tige, feuille, fleur, écorce, épines, fruits, graines, racines etc. Les noms et épithètes décrivant le nombre de parties d’une plante sont très courants et se forment par l’ajout d’un préfixe numéral latin ou grec. Il y a des noms de genre formés sur ce modèle : Penstemon, Trifolium, Hexaglottis, Tetragonia, Bidens…, mais aussi des épithètes : acaulis, uniflorus, bifolius, triacanthus, pentaphyllus, octopetalus, decandrus, etc. Le Trillium est ainsi nommé parce que toutes ses parties sont au nombre de trois. De même, chez les centaines de plantes qualifiées de ternatus, comme Choisya ternata, les feuilles ou les fleurs sont regroupées trois par trois.
Le chrysanthème, Chrysanthemum, n’est autre que la fleur d’or (du grec khrusos, or, et anthemon, fleur). Enfin, les préfixes peuvent indiquer la position dans le temps ou dans l’espace, comme dessus/dessous ou avant/après. Désormais on mémorisera sans difficulté le sens d’un terme tel qu’« épipyhte » (du grec epi-, sur, et phuton, plante), utilisé pour des plantes, comme certaines orchidées, qui s’installent sur d’autres plantes, sans toutefois les parasiter.
La terminologie de base en latin et en grec
|
FRANÇAIS |
LATIN |
GREC |
|
Arbre |
arbor |
dendron |
|
Arbuste |
frutex |
thamnus |
|
Plante |
planta |
phuton |
|
Herbe |
herba |
Chloa |
|
Branche, rameau |
ramus |
klados |
|
Tige |
caulis |
kaulos |
|
Pied, tige |
pes |
pous, podos |
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Ecorce |
cortex, corticis |
derma |
|
Ecaille |
squama |
Lepis |
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Epine |
spina |
akantha |
|
Racine |
radix, radicis |
rhiza |
|
Feuille |
folius |
phullon |
|
Nervure |
nervus |
neuron, pleura |
|
Fleur |
flos, floris |
anthos ou anathemon |
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Pétale |
petalum |
petalon |
|
Sépale |
sepalum |
sepalon |
|
Pétiole |
petiolus |
|
|
Pistil |
pistillum |
stigma (ou gunê, la femme) |
|
Style |
stylus |
stulos (la colonne) |
|
Etamine |
stamen |
stêmon (ou anêr, andros, l’homme) |
|
Anthère |
anthera |
Anthêra |
|
Bractée |
bractea |
|
|
Calice |
calix |
kalix |
|
Fruit |
fructus |
karpos |
|
Fruit de type pomme |
pomum |
Mêlon |
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Baie |
bacca |
kokkos |
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Semence |
semen, seminis |
sperma |
|
Spore |
spora |
spora |
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Noyau, pépin |
putamen |
purên |
Les préfixes de nombre
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Zéro (sans) |
e, ex- |
A-,an- |
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Un demi |
semi- |
hemi- |
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Un |
uni- |
mono- |
|
Deux |
bi- |
di- |
|
Trois |
tri- |
tri- |
|
Quatre |
quadri- |
tetra- |
|
Cinq |
quinque- |
penta- |
|
Six |
sex- |
hexa- |
|
Sept |
septem- |
hepta- |
|
Huit |
octo- |
octo- |
|
Neuf |
novem- |
ennea- |
|
Dix |
decem- |
deca- |
Quelques autres préfixes importants
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Avec |
co-, con-, ou com- |
Syn- |
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Contre |
contra-, contro- |
anti- |
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Vers le bas |
de- |
cata- |
|
Vers l’arrière, de nouveau |
re- |
ana- |
|
En s’écartant |
dis- |
|
|
À travers |
trans- |
dia- |
|
À l’extérieur, dépassant |
extra- |
exo- |
|
Après, derrière |
post- |
meta- |
|
Devant, avant |
rae-, ante- |
pro- |
|
Sous, presque |
sub-, infra- |
hypo- |
|
Sur, au-dessus de |
super- |
hyper-, epi |
|
Dans, à l’intérieur |
in- |
endo- ou ento- |
|
À côté de, parmi |
|
meta- |
|
Le long de, proche de |
|
para- |
|
Autour de |
circum- |
peri- |
|
Mauvais, difficile |
|
dys- |
|
Bon, bien |
|
eu- |
|
Très, particulièrement |
per- |
za- |
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Toujours |
semper- |
ai- |
Les adjectifs et adverbes utilisés comme préfixes
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Différent |
diversi- |
heter-, hetero- |
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Complètement |
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holo- |
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Nouveau |
novi- |
Neo- |
|
Faux |
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pseudo-, notho- |
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Beau |
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calli-, callo- |
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Grand |
grandi-, magni- |
mega- |
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Petit |
parvi- |
micro- |
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Long |
longi |
macro- (souvent utilisé abusivement au sens de grand) |
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Court |
Brevi- |
brachy- |
|
Mince, gracieux |
gracili-, tenui- |
lept-, lepto- |
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Etroit |
angusti- |
steno- |
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Plat |
plani- |
platy- |
|
Large |
lati- |
Platy- |
|
Epais |
crassi- |
dasy-, pachy- |
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Pointu |
Acu- |
oxy- |
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Droit, érigé |
recti- |
ortho- |
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Tordu |
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strepto- |
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Nu |
nudi- |
gymno-, psilo- |
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Nombreux |
multi- |
poly- |
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Peu, quelques-uns |
pauci- |
oligo- |
Les anagrammes botaniques
Même le grand Linné fut parfois à court d’idées. Il créa la première anagramme botanique dont on ait trace en transformant Hermannia en Mahernia. L’idée fit son chemin, puisque l’on trouve maintenant des dizaines d’anagrammes, souvent insoupçonnées, parmi les noms de genre. Dans une majorité de cas, il s’agira d’un genre voisin, au sein d’une même famille. Parfois, les botanistes découvrirent que ce qui était classé sous un seul genre était erroné, et qu’il fallait une subdivision en deux genres distincts – occasion parfaite d’une anagramme. Certains noms de genre sont l’anagramme d’autre chose que d’un nom botanique. C’est le cas pour les anagrammes géographiques : Lobivia vient de Bolivia, Jacaima de Jamaica (la Jamaïque) et le cactus appelé Mila fut trouvé près de Lima…
Quelques exemples d’anagrammes botaniques
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Alchemilla |
Lachemilla |
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Allium |
Milula |
Muilla |
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Alona |
Nolana |
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Alvesia |
Elvasia |
Silvaea |
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Arabis |
Sibara |
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Argemone |
Enomegra |
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Aristida |
Sartidia |
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Aronia |
Orania |
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Asarum |
Saruma |
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Brunellia |
Urbinella |
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Cydonia |
Docynia |
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Cyperus |
Pycreus |
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Eryngium |
Gynerium |
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Eustoma |
Mostuea |
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Filago |
Ifloga |
Oglifa Lifago Logfia |
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Gardenia |
Nargedia |
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Hermannia |
Rehmannia |
Mahernia |
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Inula |
Luina |
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Liatris |
Litrisa |
Trilisa |
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Mitella |
Tellima |
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Monarda |
Ramonda |
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Monardella |
Matronella |
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Onosma |
Nomosa |
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Pandorea |
Podranea |
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Protea |
Portea |
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Senecio |
Iocenes |
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Sidalcea |
Caldesia |
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Urtica |
Curtia |
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Date de dernière mise à jour : 23/09/2026
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