Ophraella communa.
Ophraella communa
(Chrysomélidae)
Ophraella communa est une petite chrysomèle nord‑américaine devenue récemment très importante en France, notamment en Auvergne‑Rhône‑Alpes.
Ophraella communa est une espèce de coléoptères de la famille des Chrysomélidées. Cette chrysomèle se distingue de toutes les autres espèces par son motif coloré avec vitae supplémentaire, par la pubescence modérément dense des élytres et par sa plante hôte, l'ambroisie (Ambrosia artemisiifolia).
Ophraella communa peut atteindre une longueur de 3,4 à 4,1 millimètres chez les mâles, de 3,9 à 4,3 millimètres chez les femelles. La tête est jaunâtre, avec des taches brun foncé à l'arrière. Le corps est grossièrement ponctué. Les antennes sont brun foncé. Le pronotum est jaunâtre ou brun pâle, avec trois taches noires ou brun foncé. Les élytres sont jaunâtres ou brun pâle et présentent des bandes longitudinales brun foncé.
Dans une étude publiée en 2015, l'Anses précise que, outre l'ambroisie à feuilles d'armoise, Ophraella communa peut se nourrir ponctuellement de plantes de la famille des Astéracées, tournesol, topinambour, ainsi qu'au genre Xanthium.
Dans cette famille, on trouve notamment la lampourde à gros fruits (Xanthium strumarium ssp italicum), originaire d'Amérique, adventice très fréquente dans les cultures d'été en France métropolitaine, la prédation par O. communa serait donc plutôt bénéfique dans ce cas.
Identité et classification
- Nom scientifique : Ophraella communa LeSage, 1986
- Famille : Chysomelidae
- Ordre : Coleoptera
- Origine : Amérique du Nord
Morphologie
- Taille adulte : 3,4–4,1 mm (mâles), 3,9–4,3 mm (femelles)
- Couleur : corps jaune brun à brun clair, élytres portant des bandes longitudinales brun foncé
- Pubescence : fines soies sur les élytres, motif caractéristique permettant l’identification
- Œufs : jaunes puis jaune‑orangé, pondus en grappes d’environ 20 œufs sous les feuilles
- Larves : brunâtres à jaunâtres, trois stades larvaires distincts
Biologie et écologie
Ophraella communa comporte quatre stades de développement : l’œufs, la larve (trois stades larvaires), la chrysalide et l’adulte.
L'œuf est piriforme en vue latérale et circulaire en vue dorsale, avec une largeur de 0,53 ± 0,03 mm et une longueur de 0,69 ± 0,03 mm. Les œufs nouvellement pondus sont jaunes, mais ils deviennent jaune-orange en quelques heures. Les œufs sont pondus en grappes (contenant environ 20 œufs en moyenne) sur les feuilles de la plante hôte et éclosent en 5-6 jours.
Ophraella communa présente trois stades larvaires distincts après l'éclosion. Le premier et le deuxième stade sont regroupés au sommet de la plante hôte la nuit. Chaque stade se distingue par la couleur et la taille de la capsule céphalique. La couleur de la capsule céphalique est foncée ou presque noire pour le premier stade, plus clair pour le deuxième stade, et brun plus clair pour le troisième stade. La largeur moyenne de la capsule céphalique est de 0,31 ± 0,01 (n = 53), 0,45 ± 0,03 (n = 66) et 0,69 ± 0,04 (n = 71) pour les larves de premier, deuxième et troisième stade, respectivement. Tous les stades sont phytophages et se nourrissent de feuilles d’ambroisie. Les larves néonates squelettisent généralement les feuilles mais les stades plus âgés et les adultes mangent le limbe de la feuille, y compris les nervures mineures.
Ophraella communa hiberne au stade adulte, et les adultes passent l'hiver près des plantes hôtes desséchées. Dans le Nord de l’Italie, les premiers œufs sont observés tôt dans la saison (avril). Dans la région de Milan, O. communa développe quatre générations qui se chevauchent partiellement, les derniers adultes apparaissant en septembre. Les adultes de la dernière génération continuent à se nourrir jusqu’à la fin novembre mais ne pondent plus d’œufs. Les populations sont moins abondantes pour les deux premières générations mais leur effectif augmente rapidement à la troisième génération et encore plus particulièrement à la quatrième génération.
La femelle peut s’accoupler à plusieurs mâles et les générations peuvent se chevaucher. Le sex ratio au sein de la population est d’environ une femelle pour un mâle. Une femelle peut pondre de 1 000 à 2 000 œufs au cours d’un cycle de vie. En fonction des conditions climatiques, les femelles peuvent vivre de 35 à 110 jours. La majorité des femelles vivent jusqu'à 85 jours à 20°C. La longévité des femelles raccourcit avec l'augmentation de la température.
Ce coléoptère a un fort potentiel de dispersion. Les distances de vol potentielles ont été estimées par manège de vol à 25,4 km pour les femelles et 21,4 km pour les mâles pendant 23 heures.
Origine et répartition géographique
Ophraella communa est originaire d’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada). Elle a été accidentellement introduite en Asie (Chine, Japon, Corée du Sud, Taiwan) à la fin des années 1990 et en Europe (Suisse, Italie, Slovénie, Croatie) dans les années 2010. La chrysomèle a également été observée pour la première fois en France durant l’été 2023 à Lyon.
Prédateurs
Il ne semble pas exister de prédateurs spécialistes d’O. communa, que ce soit dans sa zone d’origine ou sa zone d’introduction, cependant des prédateurs généralistes peuvent consommer O. communa. Par exemple au Canada, on peut trouver des Pentatomidea généralistes comme Podisus maculiventris (Say), Picromerus bidens (L.), Perillus bioculatus (Fabricius) et Apateticus cynicus (Say), plusieurs Coccinellidae et le parasitoïde des pupes, Asecodes mento (Walker). Aux Etats-Unis, d’autres prédateurs ont été signalés : une mouche parasitant les nymphes, Chaetonodexodes vanderwulpi (Diptera : Tachinidae) ; une autre punaise Pentatomidae, Perillus splendidus (Hemiptera : Pentatomidae) prédatant les larves ; un acarien anystide prédatant les œufs ; des Coccinellidés adultes se nourrissant d'œufs et de nymphes ; et des guêpes eulophides parasites (Hymenoptera).
Concernant les zones où O. communa a été introduite, on peut aussi trouver des prédateurs généralistes, comme au Japon où la chrysomèle s’est faite attaquer par des larves et des adultes d'Harmonia axyridis (Coleoptera : Coccinellidae), des larves de chrysopes, des nymphes et des adultes de mantides, des adultes de Piocoris varius (Hemiptera : Lygaeidae), des nymphes d'Allagelena opulenta (Araneae : Agelenidae) et enfin par Coccinella septempunctata. Un champignon, Beauveria bassiana, a aussi infecté des nymphes et des adultes d'O. communa.
Efficacité et bénéfices
Ophraella communa fait l’objet de nombreux programme de biocontrôle dans le monde. Au Québec, des lâchers inondatifs d’O. communa ont été réalisés pour contrôler l’ambroisie dans les champs, la densité efficace a été estimée à quatre à cinq O. communa adulte par plante pour complètement défolier l’ambroisie en 14 jours. En Chine, O. communa est lâchée massivement sur le terrain et elle est considérée comme un agent de lutte biologique très efficace.
En Italie, une corrélation a été observée entre la présence d’O. communa dans la région de Milan et une forte baisse de la quantité de pollen dans l’air. Plus généralement, Des chercheurs ont estimé que le contrôle biologique de l'ambroisie par O. communa diminuerait de 2,3 millions le nombre de personnes malades en Europe et réduirait considérablement les coûts médicaux liés à la prise en charge des soins.
En 2013, le coût estimé des allergies au pollen d’ambroisie était de 15,7 millions d’euros en région Rhône-Alpes. A cela s’ajoute les coûts liés aux pertes de rendements dans les cultures, qui est estimé à 170 millions d’euros par an. La présence d’O. communa dans cette région pourrait réduire la concentration de pollen d’ambroisie de 76,2%, et les coûts de santé associés de 75 à 85%, réduisant les coûts à moins de 5 millions d’euros par an.
Plantes hôtes
O. communa est oligophage, spécialisé sur les Astéracées, en particulier :
- Ambrosia artemisiifolia (ambroisie à feuilles d’armoise) — plante hôte principale, indispensable à son cycle de vie
- Hôtes secondaires ponctuels : tournesol, topinambour, Xanthium (lampourde), mais l’insecte ne s’y développe pas durablement
Cycle biologique
- 4 stades : œuf → larve (3 stades) → nymphe → adulte
- Hivernation : adultes dans la litière ou les débris végétaux
- Reprise au printemps : alimentation puis ponte sur ambroisie
- Générations : jusqu’à 4 générations par an en France
- Défoliation : les larves consomment intensément les feuilles, pouvant aller jusqu’à la destruction totale de la plante
Répartition et arrivée en France
- Première détection européenne : 2013 (Suisse, Italie)
- Première détection française : août 2023, région lyonnaise
- Expansion rapide : 85 sites confirmés en 2023–2024 dans le sud‑est de la France, origine génétique italienne probable
- Présent aujourd’hui dans : Rhône, Isère, Drôme, Vaucluse
Impact écologique et sanitaire
Sur l’ambroisie
- Défoliation massive pouvant réduire la floraison et donc la production de pollen allergisant.
- Potentiel élevé de lutte biologique contre l’ambroisie en Europe.
Sur les cultures
- Aucun impact négatif démontré sur tournesol ou topinambour dans les zones où l’insecte est présent.
Intérêt en Auvergne‑Rhône‑Alpes
Ta région est l’un des foyers majeurs d’ambroisie en France. O. communa y est désormais observé régulièrement, et son installation pourrait contribuer à réduire :
- La charge pollinique (enjeu sanitaire majeur),
- La pression agronomique dans les cultures estivales.
Reconnaître O. communa sur le terrain
- Petits coléoptères jaune brun, 3–5 mm
- Élytres à bandes longitudinales sombres
- Feuilles d’ambroisie grignotées, perforées ou totalement défoliées
- Présence de grappes d’œufs jaune‑orangé sous les feuilles
FICHE D’IDENTIFICATION — Ophraella communa LeSage, 1986
1. Taxonomie / Taxonomia
- Regnum / Règne : Animalia
- Phylum / Embranchement : Arthropoda
- Classis / Classe : Insecta
- Ordo / Ordre : Coleoptera
- Familia / Famille : Chrysomelidae
- Genus / Genre : Ophraella
- Species / Espèce : Ophraella communa
2. Morphologia / Morphologie (adulte)
- Longitudo corporis / Longueur du corps : 3,4–4,3 mm
- Coloratio / Couleur : jaune brun à brun clair
- Elytra / Élytres : bandes longitudinales brun foncé, fines soies visibles
- Caput / Tête : antennes filiformes, segmentées
- Pronotum / Pronotum : jaunâtre, légèrement bombé
- Distinctio / Critères distinctifs :
- 3–5 mm,
- Bandes sombres longitudinales,
- Pubescence fine sur les élytres,
- Silhouette compacte typique des chrysomèles.
3. Ova, Larvae, Pupa / Œufs, Larves, Nymphe
Ova / Œufs
- Coloratio : jaune → jaune‑orangé
- Dispositio : grappes de 15–25 œufs sous les feuilles d’ambroisie
Larvae / Larves
- Coloratio : jaunâtre à brunâtre
- Stadia / Stades : 3 stades larvaires
- Habitus : corps allongé, tête sombre, forte activité alimentaire
Pupa / Nymphe
- Locatio : sol, litière, débris végétaux
- Coloratio : jaunâtre
4. Plantae hospites / Plantes hôtes
- Planta primaria / Plante principale : Ambrosia artemisiifolia
- Aliae plantae / Autres plantes (non viables pour le cycle) :
- Helianthus annuus (tournesol)
- Helianthus tuberosus (topinambour)
- Xanthium sp. (lampourde) → Développement complet uniquement sur ambroisie.
5. Signa praesentiae / Signes de présence
- Foliorum erosio / Érosion des feuilles : perforations, grignotage, défoliation totale
- Ova sub foliis / Œufs sous les feuilles : grappes jaune‑orangé
- Larvae aggregatae / Larves groupées : souvent en colonies sur les feuilles d’ambroisie
- Adulti in foliis / Adultes sur les feuilles : petits coléoptères brun‑jaune à bandes sombres
6. Distributio / Répartition (France, 2023–2026)
- Regiones principales / Régions principales : Rhône, Isère, Drôme, Ardèche, Vaucluse
- Status in Roussillon (38150) : zone compatible, présence probable ou imminente
- Origo / Origine européenne : introduction depuis l’Italie (population génétiquement identifiée)
7. Vita et generatio / Cycle de vie
- Generatio / Générations : 3–4 par an
- Hibernatio / Hivernation : adultes dans la litière
- Tempus reproductionis / Période de reproduction : printemps → fin été
- Effectus in ambrosia / Effet sur l’ambroisie :
- Défoliation massive,
- Réduction de la floraison,
- Diminution du pollen allergisant.
8. Distinctio ab aliis chrysomelidis / Différenciation d’espèces proches
- Xanthogaleruca luteola (galéruque de l’orme)
- Plus grande (6–7 mm),
- Jaune vif,
- Pas de bandes longitudinales.
- Pyrrhalta viburni (galéruque de la viorne)
- Corps plus arrondi,
- Coloration uniforme.
- Ophraella communa
- Petite,
- Bandes sombres,
- Toujours sur ambroisie.
9. Nota utilitatis / Note d’intérêt
- Espèce considérée comme agent de lutte biologique naturel contre l’ambroisie.
- Aucun impact agricole significatif démontré en Europe.


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Date de dernière mise à jour : 31/08/2026
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