BAUHIN JEAN.

BAUHIN JEAN

Jean Bauhin (Johann Bauhin) (1541-1613)

 

Jean Bauhin (ou Johann Bauhin), né à Bâle, le 12 février 1541 et mort à Montbéliard le 26 octobre 1612, est un naturaliste d'origine française.

Il est le frère de Gaspard Bauhin et a écrit une vaste encyclopédie botanique.

Jean Bauhin est l'un des grands botanistes et médecins de la Renaissance. Né à Bâle (Suisse) le 12 février 1541 et mort à Montbéliard le 26 octobre 1613, il a joué un rôle majeur dans le développement de la botanique descriptive et de l'étude systématique des plantes.

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Jean Bauhin

 

Jean Bauhin.

Biographie

Naissance

12 décembre 1541
Bâle

Décès

26 octobre 1612 (à 70 ans)
Montbéliard

Domicile

Suisse

Formation

Université de Bâle

Activités

Botaniste, professeur d'université, médecin, mycologue

Père

Jean Bauhin (en)

Fratrie

Gaspard Bauhin

 

Autres informations

A travaillé pour

Université de Bâle

Maître

Emmanuel Stupanus (en)

Abréviation en botanique

J.Bauhin

 

Jean Bauhin (ou Johann Bauhin), né à Paris, le 12 février 1541 et mort à Montbéliard le 26 octobre 1613, est un médecin et botaniste franco-suisse[n 1].

Il est le fils de Jean Bauhin (1511-1582) et de Jeanne Fontaine et le frère de Gaspard Bauhin, lui aussi médecin et botaniste, avec lequel il a collaboré.

Élevé dans une famille réformée, francophone de Bâle, Jean Bauhin (fils) parcourt l’Europe pour suivre les cours des meilleurs anatomistes et botanistes le l’époque qui basent leurs approches sur l’observation méticuleuse du monde. Il exercera un temps la médecine à Bâle tout en continuant à pratiquer des herborisations sous la direction attentive du naturaliste suisse Conrad Gessner.

Il part ensuite en France, et s’installe d’abord à Lyon où il exerce le métier de médecin de ville. Lors de l’épidémie de peste de 1564, il est nommé médecin officiel de la peste et commence à noter les expériences acquises lors dans la lutte contre la maladie. En raison des tensions religieuses, il doit retourner en Suisse. Mais il n’arrive pas à se fixer tant à Genève qu’à Bâle. Il trouve enfin à Montbéliard un havre de paix, en raison d’une grande ouverture à toutes les formes de protestantisme – calviniste et luthérien – et de la possibilité d’y vivre et d’y travailler en parlant français tout en restant proche de Bâle.

En collaboration avec le médecin Jacques Dalechamps, Jean Bauhin entreprend une compilation de tout ce qui était connu de son temps en botanique. L’ouvrage sera publié à titre posthume en 1650-1651 (soit 37 ans après sa mort en 1613), sous le titre de Historia plantarum universalis. C’est le premier grand projet encyclopédique universel sur les plantes, avec des illustrations abondantes (5 226 plantes avec 3 577 illustrations). Ce travail sera poursuivi par son frère Gaspard Bauhin qui fut un précurseur de la systématique moderne. C’est l’un des plus ambitieux projets scientifiques du XVIIᵉ siècle qui témoigne de la volonté de transformer la botanique en une discipline universelle et méthodique, en reliant les savoirs antiques, médiévaux et de la Renaissance dans une synthèse monumentale. Même si incomplet et parfois confus, il reste une pierre angulaire dans l’histoire de la classification des plantes.

 

Fiche biographique

  • Nom complet : Jean Bauhin (Johann Bauhin)
  • Naissance : 12 février 1541, Bâle
  • Décès : 26 octobre 1613, Montbéliard
  • Nationalité : Suisse d'origine française
  • Professions : Médecin, botaniste, naturaliste
  • Abréviation botanique : J. Bauhin

 

Formation et maîtres

Il étudie la médecine et la botanique auprès des plus grands savants de son époque :

  • Leonhart Fuchs à Tübingen
  • Conrad Gessner à Zurich
  • Ulisse Aldrovandi à Bologne
  • Guillaume Rondelet à Montpellier

Ces influences font de lui un observateur rigoureux et un excellent connaisseur du monde végétal.

 

Carrière

Après avoir exercé la médecine à Lyon puis en Suisse, il devient en 1570 médecin du duc Frédéric Ier de Wurtemberg à Montbéliard, fonction qu'il occupera pendant près de quarante ans. Il dirige également les célèbres Grands Jardins de Montbéliard, où il introduit et acclimate de nombreuses espèces exotiques.

Contributions à la botanique

Jean Bauhin est considéré comme l'un des fondateurs de la botanique moderne pré-linnéenne.

Ses principales contributions sont :

  • Description méthodique de milliers d'espèces végétales.
  • Utilisation de critères morphologiques pour regrouper les plantes.
  • Constitution d'un vaste réseau d'échanges scientifiques en Europe.
  • Développement de jardins botaniques destinés à l'étude des végétaux.

 

Œuvre majeure

Historia Plantarum Universalis

Publiée à titre posthume entre 1650 et 1651, cette œuvre monumentale comprend :

  • 5 226 espèces végétales décrites
  • 3 577 illustrations
  • Plus de 3 200 pages

Elle constitue l'une des plus vastes synthèses botaniques réalisées avant Linné.

 

Relations familiales

Jean Bauhin est le frère du célèbre botaniste Gaspard Bauhin (1560-1624), avec lequel il partagea de nombreux travaux botaniques.

 

Éponymie

Le genre Bauhinia (famille des Fabaceae), comprenant les célèbres « arbres à orchidées », a été nommé en l'honneur des frères Bauhin par Linné.

 

Chronologie concise

Date

Événement

1541

Naissance à Bâle

1560-1565

Études à Tübingen, Zurich, Bologne et Montpellier

1563

Installation à Lyon

1570

Médecin du duc de Wurtemberg à Montbéliard

1591

Publication sur la rage des loups

1601

Étude des eaux médicinales de Lougres

1613

Décès à Montbéliard

1650-1651

Publication posthume de l'Historia Plantarum Universalis

 

 

Importance historique

Jean Bauhin représente la transition entre les herbiers médicaux de la Renaissance et la botanique scientifique moderne. Son œuvre encyclopédique a préparé le terrain aux travaux de Tournefort puis de Linné, qui établirent les bases de la classification végétale moderne.

 

 

Biographie

Jean Bauhin est le fils d'un médecin nommé lui aussi Jean Bauhin (1511-1582) qui fut obligé de quitter la France pour avoir embrassé la religion réformée. Il vit le jour le 12 février 1541 à Paris , alors que son père était incarcéré pour hérésie. Ce dernier échappera au bûcher grâce à l’intervention de Marguerite d’Angoulême sœur du roi François Ier. La famille doit fuir à Anvers aux Pays-Bas espagnols mais là aussi l’Inquisition s’intéresse à lui et il doit s’échapper et se réfugier à Bâle en Suisse. Âgé de trois ans, Jean Bauhin fils arrivera en août 1544 à Bâle pour rejoindre son père, accompagné de sa mère et de son oncle Hugo Bauhin, en remontant le Rhin (d'après la chronologie de Fuchs-Eckert).

 

Formation naturaliste et humaniste

Son père lui enseigne les rudiments des savoirs fondamentaux, posant très tôt les bases de l’intérêt qu’il manifestera plus tard pour les plantes. Par l’intermédiaire de Sébastien Castellion, un ami intime de son père et célèbre philologue, le jeune Bauhin reçoit également ses premières leçons de latin et de grec, ainsi qu’une initiation à la rhétorique.

Il recevra une formation botanique auprès des premiers créateurs de la pensée botanique moderne basée sur l’observation. Il étudie à l'université de Bâle sous l'autorité de Coelius Curio puis à l'université de Tübingen, approfondit ses connaissances de botanique, sous la direction de Leonhart Fuchs qui propose des illustrations de plantes faites avec autant de précisions que la technique de la gravure sur bois l’autorise. Fuchs s’intéresse particulièrement au jeune étudiant, le reçoit souvent chez lui et lui ouvre l’accès à son jardin botanique privé. Il ira aussi étudier à Zurich sous la direction de Conrad Gessner qui insiste sur l’importance les caractères floraux, pour classer les plantes, largement préférables pense-t-il à ceux des feuilles. Il lui prodiguera des conseils pendant de longues années et si bien que Jean Bauhin dira de Conrad Gessner qu'il est son « meilleur maitre ». Au début de juin 1561, le jeune Bauhin a la chance d’accompagner Gessner dans un voyage aux bains de Bormio, dans le Valtellina, où ce dernier espère soulager ses douleurs sciatiques chroniques. Pendant huit jours, Gessner et Bauhin voyagent en herborisant. Durant le séjour de cure à Bormio d’environ un mois, ils collectent des plantes dans les environs. Lors de ce vaste périple alpin avec Conrad Gessner, le jeune Bauhin reçoit l’impulsion et les outils intellectuels qui nourriront sa future activité de botaniste.

Bauhin se rend ensuite à Montpellier pour suivre les cours du célèbre naturaliste Guillaume Rondelet[3]. De passage à Lyon, il rencontre Jacques Daléchamps qui l'aide dans ses recherches botaniques. Dans la région d’Avignon et d’Arles, Bauhin étudie la flore de la fin d’été et arrive à Montpellier à la fin de septembre 1561. Les connaissances exceptionnelles et l’autorité scientifique de Rondelet faisaient alors de Montpellier un centre de premier plan pour les médecins passionnés de botanique.

Durant le semestre d’hiver (du 18 octobre 1561 à Pâques suivant), Jean Bauhin suit les cours et démonstrations, notamment les quatre dissections anatomiques réglementaires instituées à Montpellier depuis 1550, et tenues par Rondelet dans le Theatrum anatomicum fondé en 1556. Il lie des relations avec Charles de l'Écluse, un médecin et botaniste flamand de langue française qui fut l’un des premiers à fournir des descriptions réellement scientifiques des végétaux.

C’est à Montpellier que Bauhin acquiert ses connaissances fondamentales en anatomie pratique, qu’il mettra plus tard à profit lors de deux dissections publiques à Bâle. Pendant le semestre d’été suivant, Bauhin participe aux excursions botaniques organisées dans les environs proches et lointains de Montpellier. De telles excursions et démonstrations botaniques étaient, elles aussi, rendues obligatoires par le règlement depuis 1550.

Au début du XVIIe siècle, presque tous les botanistes importants avaient reçu leur formation à Montpellier ; c’est aussi de là que se répandit la technique de constitution des herbiers (Herbarien), déjà conforme aux méthodes modernes.

Jean Bauhin fils obtient son doctorat de médecine en 1562, sans qu’on sache véritablement quelle université lui a délivré (peut-être Valence (Drôme) selon Fuchs-Eckert).

Selon les sources contemporaines et les études modernes (Fuchs-Eckert, 1977), Jean Bauhin fils (1541–1613) n’a pas quitté Montpellier à cause de persécutions directes, mais par précaution et prudence dans un contexte devenu dangereux pour les étudiants protestants. Car en mars 1562, a eu lieu le massacre de Wassy, commis par les troupes du duc de Guise contre les huguenots, marquant le début officiel de la première guerre de Religion.

De retour en Suisse, Jean Bauhin accompagne à nouveau Conrad Gessner dans ses herborisations en Suisse avant de s'installer à Bâle et d'y exercer la médecine. Il devient professeur de rhétorique en 1566. Gessner le tient en très haute estime. À Bâle, Bauhin s’occupe d’abord de la rédaction d’un lexique médical et du manuscrit du catalogue botanique de Montpellier. Parallèlement, il doit s’adonner à la pratique médicale et reprendre une partie des patients de son père, débordé de travail.

Renonçant assez vite à l’idée de s’établir comme médecin praticien, il décide de parfaire ses connaissances anatomiques, botaniques et médicales dans les grands centres italiens des nouvelles sciences descriptives.

Il franchit à pied le col du Saint-Gothard à 2 107 m d'altitude, où il trouve encore des rhododendrons en fleurs au mois de novembre, il gagne Milan, puis, début de décembre 1562, Padoue. Grâce à une lettre de recommandation chaleureuse de Conrad Gessner à Melchior Wieland, originaire de Marienbourg en Prusse occidentale, directeur du jardin botanique de Padoue, Bauhin peut s’inscrire à l’université de Padoue en décembre 1562. Le grand médecin et anatomiste Gabriele Falloppio, qui était vraisemblablement la principale raison de son choix de Padoue, était cependant mort peu avant l’arrivée de Bauhin, le 9 octobre 1562, à l’âge de trente-neuf ans.

Après un séjour d’à peine quatre mois à Padoue, Bauhin part vers la fin mars ou début avril 1563 pour Ferrare puis pour Bologne où se trouve la plus ancienne université d’Europe (fondée en 1119), et qui possédait un jardin de plantes médicinales dès 1365, et, depuis 1568, un véritable jardin botanique. Il loge chez Ulisse Aldrovandi, alors considéré comme le plus grand zoologiste et phytographe italien au sud des Alpes, auquel il est présenté par une lettre de Gessner. Aldrovandi est le fondateur d’un vaste musée d’histoire naturelle et a constitué un herbier de 5065 espèces réparties en 17 volumes in-folio.

 

Installation comme médecin en France et Suisse

Il est bien attesté par les sources contemporaines et critiques que Jean (Johann) Bauhin fils (1541–1613) avait le français pour langue maternelle et n’était pas très à l’aise en allemand, du moins dans les premières décennies de sa vie. Sa langue maternelle était le français et le foyer familial à Bâle était celui de réfugiés huguenots francophones : on y parlait donc le français, non l’allemand.

De retour à Bâle au cours de l’été 1563, Bauhin s’occupera d’abord de trier et d’ordonner les échantillons d’herbier qu’il a rapportés d’Italie. Parallèlement, il travaille à son catalogue des plantes de la région de Montpellier, que Gessner ne cesse de lui réclamer. Il parvient à lui envoyer à la fin juillet 1563 mais on ignore ce qu’il est advenu de ce travail : aucun exemplaire n’en a été conservé.

Lyon (1563-1568)

Après ses voyages dans le sud de la France et en Italie, Bauhin semble ne plus se sentir vraiment chez lui à Bâle. Toujours est-il que dès septembre 1563, il se met en route pour Lyon, afin d’y accepter la charge de médecin de la ville. Lyon, ville francophone, après le coup de force des partisans de la “nouvelle foi” (réformés) en juin 1562, était devenue une ville protestante.

En outre, c’était alors un grand centre de l’imprimerie européenne : au XVIᵉ siècle, plus d’une centaine d’imprimeurs y exerçaient leur art, et l’on y voyait affluer les meilleurs typographes d’Italie, d’Allemagne et de France. Grâce aux quatre grandes foires internationales annuelles, la ville, située au confluent du Rhône et de la Saône, jouissait d’une importance « mondiale ».

Au début d’octobre 1563, Bauhin est installé à Lyon comme médecin, et a déjà commencé à donner des cours sur la pharmacie.

À la fin de juin 1564, la peste commence à sévir à Lyon. Elle avait été introduite depuis l’Allemagne, touchant Bâle à la fin de l’automne 1563, puis Zurich en avril 1564. Cette épidémie aurait fait près de 50 000 morts à Lyon et dans les environs.

Bauhin est alors nommé médecin officiel de la peste par le magistrat de la ville, et — selon ses propres dires — il soigne avec grand succès les malades atteints de ce terrible fléau. Il contracte lui-même la peste, mais s’en remet rapidement, sans séquelles durables.

Bauhin se met aussitôt à rédiger un mémoire où il rassemble les expériences acquises dans la lutte contre la maladie, et surtout les méthodes de prévention et de traitement qu’il a employées.

Il mentionne encore les procédés traditionnels longtemps recommandés : désinfecter les habitations en faisant brûler du genévrier, du romarin et de la sauge ; provoquer une forte sudation par l’emploi de linges chauds et de pierres chauffées ; et recouvrir les bubons de cataplasmes pour les désinfecter.

Mais il accorde une attention toute particulière aux mesures prophylactiques : il préconise une propreté absolue des logements, une hygiène corporelle stricte, ainsi qu’une alimentation nutritive et équilibrée — notamment des bouillons de mouton, de veau ou de poulet bien cuits, accompagnés de raisins encore verts et d’oranges ; celles-ci, toutefois, étaient devenues si chères pendant l’épidémie de Lyon qu’il fallait un écu d’or pour deux ou trois fruits.

Ce n’est que plus de trente ans plus tard, en 1597, que les notes lyonnaises de Bauhin sur la peste seront enfin publiées, jointes à ses observations ultérieures : celles de Genève (1568-1569) et de Montbéliard (1575), portant sur les mesures préventives et curatives appliquées durant ces épidémies.

À Lyon, Jean Bauhin se consacre cependant beaucoup à la botanique au point que son ami quasi paternel de Zurich, Conrad Gessner, doit lui recommander à plusieurs reprises de s’intéresser davantage aux questions médicales — et surtout à la chirurgie — plutôt que de se perdre dans les travaux botaniques, et de participer plus activement à la vie sociale lyonnaise, en se liant d’amitié avec les médecins et chirurgiens influents de la ville.

Peu de temps après son arrivée, Bauhin entreprend de créer son propre jardin botanique, apparemment en dehors des murs de la ville, où il donne des démonstrations de plantes médicinales à l’usage des apothicaires.

Mais surtout, Bauhin travaille chez l’imprimeur, éditeur et libraire Guillaume Rouillé (Roville), qui possède lui aussi un jardin botanique privé, et qui, pour représenter les plantes avec fidélité, emploie des dessinateurs et des graveurs.

En collaboration avec le médecin lyonnais Jacques Dalechamps, médecin de l’Hôtel-Dieu, et avec son ami, le médecin strasbourgeois Melchior Sebisch père (qui retourna à Strasbourg en 1567, au moment de la deuxième guerre de religion), Bauhin entreprend les travaux préparatoires d’une grande œuvre sur le règne végétal, dont il affirme avoir été l’initiateur.

Plus tard, il se plaint amèrement que ce grand ouvrage — publié plus tard, en 1586 et 1587, en deux volumes anonymes chez Guillaume Rouillé, sous le titre Historia generalis plantarum — ait été interrompu par la guerre, puis édité par un homme totalement ignorant de la botanique.

Jean Bauhin, réformé d’orientation libérale influencé par les humanistes suisses (Bullinger, Castellion, Gwalther), se heurta rapidement au calvinisme strict des autorités ecclésiastiques lyonnaises. En 1565, son mariage avec Denyse Bornard fut d’abord refusé par les pasteurs Pierre Viret et François Salluard, qui lui reprochaient ses positions jugées trop tolérantes sur la prédestination et l’élection. Malgré l’intervention de Zurich, l’affaire provoqua une rupture durable avec le clergé local.

La seconde crise survint après l’échec du complot huguenot de décembre 1567 : la répression frappa durement les réformés, et Bauhin dut quitter Lyon précipitamment début 1568. Ses biens furent confisqués ; il tenta d’en obtenir la restitution plus tard, en 1593, depuis Montbéliard, où il s’était établi au service du duc de Wurtemberg.

Genève (1568-1570)

Il décide de retourner en Suisse en 1568. En juillet, sur la route de Bâle, Jean Bauhin arrive à Genève avec sa famille et son beau-frère. Mais les autorités genevoises, connaissant sa réputation de médecin expérimenté à Lyon, lui proposent d’occuper la chaire de médecine de l’Académie fondée par Jean Calvin, laissée vacante après la disgrâce de Simon Simonius.

Il devient médecin public et salarié de la ville et de l’hôpital et enseigne deux fois par semaine, jusqu’à ce qu’une nouvelle épidémie de peste éclate à l’été 1568. Nommé médecin de la peste, il interrompt ses cours pour soigner les malades.

Après l’épidémie, les autorités lui confient en décembre 1568 la direction d’un cours pratique de botanique et de pharmacie pour les apothicaires, qu’il donne dans son petit jardin botanique privé, créé avec Dourez près de sa maison officielle, « Saint-Aspre », 16 rue des Granges.

En 1569, il joue aussi un rôle important dans la réorganisation de la médecine et de la pharmacie à Genève : il participe à la rédaction d’un règlement de 25 articles, adopté par le Conseil le 11 mai 1569, qui normalise enfin la pratique des médecins, apothicaires et chirurgiens.

Mais des tensions et des difficultés ne tardent pas à éclater avec les autorités genevoises. Il semble qu’il se soit surtout heurté, dans son rôle de médecin de la peste, aux personnalités influentes de Genève. Celles-ci craignaient que les mesures sévères et rigoureuses qu’il préconisait — justifiées d’un point de vue médical — pour prévenir un nouveau retour de la peste, ne gênent le commerce et freinent l’afflux constant d’étrangers, voire ne les interrompent complètement. Le 25 mai 1570, le Conseil démet Bauhin de ses fonctions publiques en accordant seulement le droit de résider jusqu’à la fin de l’année dans la maison officielle des médecins, dite “Saint-Aspre”. Manifestement las des attaques des protestants et de la situation insatisfaisante, Bauhin décide de quitter définitivement Genève le 20 août 1570.

Bâle (1570-1571)

Conformément à son projet initial formé en quittant Lyon, Bauhin se rend alors à Bâle avec sa famille. On y manifeste de l’intérêt à le retenir dans la ville du Rhin et à l’intégrer à l’université : dès l’automne 1570, il obtient la chaire de rhétorique à la faculté des arts, et en juillet 1571, il est admis comme membre associé à la faculté de médecine.

L’hiver 1570-1571, il dirige une dissection publique sous le rectorat de Felix Platter et l’hiver suivant 1571-1572, Felix Platter et lui-même tiennent une dissection publique devant 33 spectateurs, sur le corps d’un criminel exécuté à Rötteln (près de Bâle), Bauhin manipule le scalpel, tandis que Platter commente et interprète la dissection.

Montbéliard (1571-1613)

En 1571–1572, Jean Bauhin accepte la charge de médecin de la cour et de la ville de Montbéliard, succédant à Nicolas Vignier. Le statut politique et religieux de Montbéliard à l’époque était tout à fait particulier — à la fois français par la langue et la culture, mais allemand par la souveraineté, car rattachée directement au Saint-Empire romain germanique.

Ce choix s’explique par les liens antérieurs de son père avec la cour comtale, par le climat religieux libéral de la ville — alors ouverte à toutes les formes de protestantisme, calviniste et luthérien —, et par la possibilité d’y vivre et d’y travailler en parlant français tout en restant proche de Bâle. À Bâle, les chaires de médecine étaient déjà occupées (par Felix Platter, Isaak Keller, et Theodor Zwinger), rendant une carrière universitaire difficile. Son installation à Montbéliard marqua le début d’une longue période de stabilité au service du comte Frédéric de Wurtemberg.

Comme l’avenir devait le montrer, Jean Bauhin trouva enfin à Montbéliard la mission dans laquelle il put déployer pleinement ses connaissances humanistes et ses capacités universelles. Grâce au soutien généreux et à la collaboration personnelle du jeune prince Frédéric, devenu après 1580 comte de Montbéliard, puis à partir de 1593 Frédéric Iᵉʳ, duc de Wurtemberg, ainsi qu’à l’appui de son épouse Sibylle d’Anhalt, Bauhin put se consacrer sereinement à ses études scientifiques, mener à bien des travaux dans divers domaines du savoir, et en publier au moins une partie.

Il exerça comme médecin de la cour et de la ville, tout en organisant la profession médicale locale : il rédigea en 1575 les statuts du collège des médecins, chirurgiens et apothicaires du comté. Son activité, rigoureuse et méthodique, est attestée par les nombreux contrôles pharmaceutiques qu’il signa entre 1584 et 1610 dans la pharmacie de son gendre Théobald Noblot. Il forma et accueillit plusieurs médecins et étudiants étrangers, contribuant au rayonnement médical de Montbéliard. Enfin, il publia en 1591 un traité sur la rage (Histoire notable de la rage des loups), où il décrivit les épidémies locales et recommanda des mesures prophylactiques et psychologiques, révélant à la fois son empirisme éclairé et son souci de santé publique. Sur le plan thérapeutique, il ne dépassait pas les pratiques de ses prédécesseurs — ni, au fond, celles encore préconisées avant la découverte du vaccin de Pasteur (1881) : la cautérisation immédiate de la morsure au fer rouge. En 1596, il mène campagne pour la culture et la consommation de la pomme de terre en France et en Wurtemberg. Il sera suivi par son frère Gaspard. Rappelons que Antoine Auguste Parmentier (1737-1813) conduit sa célèbre campagne de vulgarisation de la pomme de terre en France à partir des années 1770-1780, avec un moment symbolique en 1785-1786, soit presque deux siècles après Jean Bauhin.

Jean Bauhin fils est mort à Montbéliard le 26 octobre 1613, vers 17 h, à l'âge de 72 ans, après une maladie aiguë de quelques jours, dans un contexte de vieillissement fragilisé par des excès alimentaires et alcooliques. Il fut enterré avec les honneurs dans l’église luthérienne du château des ducs de Wurtemberg-Montbéliard.

 

Opinions religieuses

Né dans une famille réformée, si son père était un homme de foi profonde, lui-même fut un protestant de tendance « libérale », dans la ligne de Sebastian Castellion (1515–1563), protecteur de sa famille et maître de ses premières années. Il fut aussi influencé par Coelius Secundus Curio, l’un de ses professeurs à Bâle, connu pour son humanisme tolérant.

À Lyon, en 1565, Bauhin veut épouser Denyse Bornard. Les ministres calvinistes Pierre Viret et François Salluard refusent la proclamation des bans, refusent son mariage religieux, et l’obligent à se justifier théologiquement, notamment sur la prédestination, l’étendue de l’élection, la liberté de conscience.

Bauhin rédige avec son père une courte profession de foi, envoyée à Bullinger et Gwalther à Zurich. Les deux théologiens suisses prennent parti contre les Bauhin, ce qui montre que Jean Bauhin fils était à la gauche du protestantisme réformé. Mais il a bel et bien épousée Denyse Bornard en 1565, malgré l’opposition des pasteurs calvinistes de Lyon (Fuchs-Eckert, pp. 25–27). Ce conflit reflète le refus de Bauhin d’adopter la ligne dure de Viret.

Lorsque les calvinistes tentent un coup de main sur Lyon (nuit du 29 décembre 1567), la répression touche tous les protestants, qu’ils soient calvinistes ou non. Bauhin, considéré comme non fiable doctrinalement, est parmi ceux qui doivent quitter la ville. Il part début 1568 pour Genève.

À Montbéliard, Jean Bauhin était sur un territoire culturellement français mais confessionnellement luthérien (après 1586). Il s’y adapte signant la Confession luthérienne de 1586 — par obéissance civique plus que par conviction. Son entourage reste tolérant, notamment le comte Frédéric de Wurtemberg, protecteur des savants.

Il entretient des relations courtoises avec le prince-évêque de Bâle à Porrentruy et l’abbesse de Masmünster (Alsace). Cela indique un œcuménisme personnel rare au XVIᵉ siècle.

Il n’a jamais rédigé de texte politique ou polémique sur les guerres de Religion françaises (1562–1598). Tout indique qu’il a délibérément évité la polémique religieuse, probablement en raison de sa position professionnelle, de son orientation humaniste, du destin dramatique de sa famille dans les conflits confessionnels.

 

Travaux scientifiques

Jean Bauhin joua un rôle pionnier dans l’étude scientifique des eaux minérales et thermales. En 1594, à la demande de Frédéric Iᵉʳ, duc de Wurtemberg, il examina la source sulfureuse nouvellement découverte de Boll, près de Göppingen, et en donna la première analyse médicale, chimique et botanique. Son traité latin publié en 1598, Historia fontis et balnei Bollensis, puis ses éditions ultérieures en allemand et en latin, établirent les fondements d’une approche rationnelle de l’hydrothérapie : observation des effets thérapeutiques, description précise des eaux et de leur environnement naturel, et recommandations pratiques pour l’usage curatif. Par sa rigueur et sa méthode expérimentale, Bauhin contribua ainsi à faire passer la médecine thermale d’une pratique empirique à une discipline scientifique moderne.

À la fin du XVIᵉ siècle, Jean Bauhin fut chargé d’étudier scientifiquement la nouvelle source médicinale de Lougres. Avec ses gendres, il en analysa l’eau et les effets thérapeutiques, puis publia en 1602 une description détaillée, immédiatement suivie d’une édition allemande. Cette publication fit rapidement connaître la « Saine Fontaine », qui devint un lieu de cure fréquenté jusqu’au XIXᵉ siècle.

Il eut aussi la direction du jardin botanique, les Grands-Jardins de Montbéliard, le troisième en Europe par ancienneté. Grâce à ses nombreux contacts avec des jardiniers privés, des responsables de jardins publics — surtout en Italie — et avec la plupart des botanistes de son temps, Bauhin parvint à y « acclimater » une grande diversité de plantes médicinales et ornementales. Il enrichissait constamment la collection en rapportant, de ses voyages et excursions (comme médecin de personnalités ou comme médecin des bains du comté, puis du duché), des plantes vivantes, des semences et des spécimens d’herbier.

Il l'enrichit de plantes exotiques et de fleurs étrangères et y développe vers 1590 la culture de la pomme de terre. Cela reste une expérimentation savante, non une culture paysanne. Elle n’est pas encore cultivée à grande échelle ni consommée par la population. Sa véritable diffusion alimentaire ne viendra que bien plus tard. C'est là qu'il rassemble les éléments de deux grands ouvrages - Prodromus historiae plantarum universalis et Historia plantarum universalis - mais qui ne paraîtront qu'après sa mort. Dans la seconde encyclopédie monumentale Historia plantarum universalis, il rassemble les descriptions de milliers de plantes, dont la pomme de terre, qu’il classe dans les Solanum tuberosum esculentum. Son frère cadet Gaspard dans son Pinax theatri botanici (1623), donne le nom binomial Solanum tuberosum, qui est resté la base de la nomenclature moderne.

Jean Bauhin entretenait des contacts constants avec les médecins et botanistes locaux, :
– son frère cadet
Gaspard Bauhin,
– le célèbre médecin et professeur
Felix Platter, connu aussi pour son jardin botanique privé et son cabinet de curiosités.

Malgré l’ampleur de ses centres d’intérêt — études scientifiques en médecine, balnéologie, archéologie, géologie et paléontologie, ainsi que son activité pratique de médecin, d’organisateur et de directeur du jardin botanique et du musée de Montbéliard —, la botanique resta toute sa vie la passion principale de Jean Bauhin, à laquelle il consacra avant tout ses forces créatrices. Cet intérêt marqué prit certainement racine dès son enfance dans la maison paternelle, puis fut fortement encouragé par ses liens étroits avec Conrad Gesner.

Très tôt, Bauhin semble avoir conçu le projet d’étudier l’ensemble du règne végétal, peut-être déjà durant son séjour à Lyon. Il dut abandonner ce premier projet à cause de son départ précipité de Lyon, mais, peu après son installation définitive à Montbéliard, il recommença à collecter, trier et étudier les plantes, ainsi qu’à dépouiller la littérature.

Pour ses descriptions et illustrations, il s’appuyait sur son herbier, qui contenait non seulement ses propres échantillons, mais aussi de nombreux spécimens provenant de ses collègues et amis.

Dès 1593, probablement même plus tôt, Bauhin consacra tout le temps que lui laissaient ses nombreuses charges publiques à la rédaction du manuscrit de sa grande histoire générale des plantes.

Son projet est d’écrire ce qu’on appelle au XVIe siècle un nomenclateur, c’est-à-dire un ouvrage qui recueille et organise les noms des plantes, avec leurs synonymes, leurs sources et leurs usages. Il sert à clarifier la confusion des noms botaniques accumulés indépendamment au cours du temps et dans des régions et pays différents.

Les deux premières publications de Jean Bauhin (1591 et 1593) sont des chapitres spécialisés de son grand projet botanique : elles tentent d’ordonner les noms des plantes dédiées aux saints et dieux, puis ceux appelés Absynthium, en corrigeant les incohérences héritées de la tradition. Ces travaux constituent une étape importante vers une nomenclature botanique plus rationnelle, antérieure à Linné. L’énorme manuscrit de Jean Bauhin, achevé peu avant sa mort (1613), fut transmis à son petit-fils Daniel Loris, avec l’herbier et des centaines de bois gravés. Dès l’origine, l’œuvre se heurta à des obstacles considérables.

En 1616, l’imprimeur Pyrame de Candolle projeta d’éditer l’ouvrage dans le cadre d’une grande entreprise typographique. Après un échec à Montbéliard, il installa en 1617 sa maison d’édition à Yverdon, où il publia en 1619 le Prodromus, catalogue préliminaire annonçant la sortie de l’ouvrage. En 1622, Loris lui vendit le manuscrit complet, l’herbier et les blocs gravés. La composition du texte commença vers 1623, mais la Société caldoresque fit faillite en janvier 1626 ; De Candolle s’enfuit, mourut la même année, et l’ensemble du matériel fut saisi dans la faillite et entreposé dans un grenier municipal.

Malgré plusieurs tentatives de rachat par Loris, le projet resta bloqué jusqu’en 1649, lorsque le médecin Dominique Chabrey, soutenu financièrement par le bailli Franz Ludwig von Graffenried, acquit l’ensemble du fonds. Chabrey s’installa à Yverdon afin de superviser l’impression. Les frais considérables engagés absorbèrent durablement les ressources de l’imprimerie.

Le premier volume de l’Historia plantarum universalis parut finalement à Yverdon en 1650, sans nom d’imprimeur ni d’éditeur, suivi des volumes suivants en 1651. L’édition, réalisée à partir du manuscrit original et des bois gravés accumulés depuis le XVIᵉ siècle, constitue l’une des réalisations les plus ambitieuses de la botanique pré-linnéenne.

Publications

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Historia plantarum universalis, 1650

En 1591, il publie une Histoire notable de la rage des loups, advenue l'an MDXC, avec les remèdes pour empescher la rage qui survient après la morsure des loups, chiens et autres bestes enragées, en 1593, un Traité des animauls aians aisles, qui nuisent par leurs piqueures ou morsures, avec les remèdes. En 1594, il publie sa correspondance avec Gessner.

En 1601, avec deux collègues, il publia, au nom des trois, L'histoire des merveilleux effets qu'une salubre fontaine, située au village de Lougres, a produits pour la guérison de plusieurs maladies en l'an 1601, examen des eaux de Lougres dont les vertus médicinales furent prouvées à plusieurs reprises.

En 1619, paraît Historiæ plantarum generalis novæ et absolutæ Prodomus mais son œuvre principale est l'Historia plantarum universalis, une compilation de tout ce qui était connu de son temps en botanique, publiée mais incomplète en 1650-1651 à Yverdon-les-Bains (trois volumes in-folio). Son Historiæ décrit plus de 5 000 plantes et comporte plus de 3 500 illustrations, la plupart empruntées à Fuchs et fit longtemps autorité.

Avec son frère, Gaspard, il publie un curieux De plantis a divis sanctisque nomen habentibus consacré aux plantes portant des noms de dieux ou de saints.

Postérité

Charles Plumier lui a dédié le genre Bauhinia de la famille des légumineuses. Le nom fut ensuite confirmé par Linné, qui a dédié le nom aux deux frères Bauhin.

Un collège porte son nom à Audincourt (Doubs).

 

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Date de dernière mise à jour : 20/10/2026

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