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DIOSCORIDE PÉDANIUS.
DIOSCORIDE PÉDANIUS
Dioscoride (vers 40 – vers 90 apr. J.-C.)
Pedanius Dioscoride (en grec ancien : Πεδάνιος Διοσκουρίδης Pedánios Dioskourídēs), est né entre les années 20 et 40 ap. J.-C., à Anazarbe en Cilicie (une province romaine située au sud-est de l'actuelle Turquie) et mort vers 90 ap. J.-C et est un médecin, pharmacologue et botaniste grec. Son œuvre a été une source de connaissances majeures en matière de remèdes de nature végétale, animale ou minérale durant les 1 500 ans que couvrent les époques de l'Empire romain, de l'Empire byzantin, de la période arabe classique et du Moyen Âge au début de l'époque moderne en Europe.
Il est l'auteur du traité Περὶ ὕλης ἰατρικῆς, Peri hulês iatrikês, « À propos de la matière médicale », œuvre rédigée en grec ancien mais plus connue sous le nom latin de De materia medica.
Dioscoride (en grec : Dioskoridês) est un médecin, pharmacologue et botaniste grec de l'Antiquité, né à Anazarbe en Cilicie (actuelle Turquie) au Ier siècle de notre ère. Il est considéré comme l'un des plus grands naturalistes de l'histoire et comme le fondateur de la pharmacognosie scientifique.
Pedanius Dioscoride

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Biographie |
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Naissance |
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Décès |
Vers 90 |
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Nom dans la langue maternelle |
Πεδάνιος Διοσκουρίδης |
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Surnom |
Πεδάνιος Διοσκορίδης (Grec ancien) |
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Activités |
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Période d'activité |
Ie siècle |
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Œuvres principales |
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De materia medica (d) |
Biographie

Portrait miniature tiré d'un codex de l'université de Graz (Codex medicus Græcus 1).
Nous possédons peu d'éléments sur la vie de Dioscoride.
D'après les écrits du médecin grec Galien du IIe siècle, Dioscoride serait né à Anazarbe, dans la province romaine de Cilicie, en Anatolie méridionale, non loin de Tarse, une ville prospère et rivale d'Anazarbe. On ignore aussi bien sa date de naissance que celle de sa mort. En comparant les passages parallèles de l’Histoire naturelle de Pline l'Ancien et du De materia medica de Dioscoride, John Scarborough en conclut que ce dernier devrait être né à l'époque du règne de Tibère (14-37) ou de Caligula (37-41). Plus précis, Alain Touwaide avance l'année 25 de notre ère. Pline, son contemporain, a consacré deux livres (les XXVI et XXVII) de son Histoire naturelle aux plantes médicinales. Tous les deux ont dû rédiger leurs ouvrages sur les remèdes naturels durant à peu près la même période mais sans se connaître, car sans jamais citer leurs travaux respectifs[3]. Dioscoride dédie son travail à Areius, un enseignant respecté de Tarse qui l'a encouragé dans son travail. Mais on ne sait pas s'il fut son élève et quelle formation médicale il a reçu. Toutefois, Marie Cronier pense que Areius fut probablement son maître. Il pourrait avoir fait ses études médicales à Tarse ou, pour certains spécialistes, à Pergame et Alexandrie.
Dioscoride indique dans sa préface[6] que depuis son enfance, il a toujours manifesté le plus vif intérêt pour la matière médicale et, dit-il en s'adressant à Areius, « j'ai parcouru beaucoup de territoires — parce que vous savez que j'ai mené une vie militaire — pour collecter, avec vos encouragements, la matière de cinq livres ». Faut-il en conclure qu'il fut un médecin militaire comme on l'a souvent affirmé ? Rien n'est moins sûr pour les historiens contemporains. Il se pourrait que l'allusion à sa « vie militaire » ne soit qu'un moyen rhétorique pour indiquer la vie rude du voyageur qui allait par monts et par vaux pour recueillir les savoirs médicinaux. Peut-être vivait-il en exerçant la médecine, suivant le modèle d'Hippocrate qui soignait les patients en allant de ville en ville, tout en approfondissant ses connaissances médicales. Peut-être aussi, a-t-il parcouru la campagne pour récolter les plantes médicinales, les préparer et les vendre. Ces deux activités étaient connues dans l'Antiquité sous les noms de rhizotomos, ῥιζοτόμος « coupeur de racine » (ramasseur de plantes, herboriste) et de pharmakopôlês φαρμακοπώλης, « vendeur de drogues ». Le rhizotomos se charge de la cueillette des plantes qu'il remet au pharmacopolès qui a la responsabilité de la composition des remèdes et de la vente.
Pour écrire son ouvrage sur la matière médicale Περί ὕλης ἰατρικής (Peri hulês iatrikês) il a dû bénéficier des travaux effectués par divers auteurs l'ayant précédé. Mais pour la plupart, ces textes ne nous sont pas parvenus. En comparant le contenu de l’œuvre avec celle de son contemporain Pline l'Ancien, Histoire naturelle, sur le même sujet, Marie Cronier estime que la rédaction a dû se faire dans le troisième quart du Ier siècle.
Médecin militaire au service de l'armée romaine sous les empereurs Claude et Néron selon la tradition historiographique, il parcourut une grande partie du monde méditerranéen, observant directement les plantes médicinales, les substances animales et minérales utilisées en thérapeutique. Son œuvre repose largement sur l'observation personnelle plutôt que sur la répétition des auteurs anciens.
Œuvre majeure
De Materia Medica
Son ouvrage fondamental est :
De Materia Medica (Peri hylês iatrikês), rédigé vers le milieu du Ier siècle. Cette encyclopédie médicale décrit environ 600 plantes médicinales, ainsi que de nombreuses substances animales et minérales utilisées en médecine.
L'ouvrage est divisé en cinq livres traitant notamment :
- des plantes aromatiques ;
- des plantes médicinales ;
- des racines et sucs végétaux ;
- des substances minérales ;
- des remèdes d'origine animale.
Importance botanique
L'influence de Dioscoride fut exceptionnelle :
- son traité demeura l'ouvrage de référence de la médecine et de la pharmacie pendant plus de quinze siècles ;
- il fut abondamment copié, traduit et commenté au Moyen Âge et à la Renaissance ;
- les grands botanistes du XVIᵉ siècle tels que Valerius Cordus, Leonhart Fuchs, Hieronymus Bock et Pietro Andrea Mattioli étudièrent et commentèrent son œuvre.
Contribution scientifique
Contrairement à de nombreux auteurs antiques, Dioscoride privilégiait :
- l'observation directe des plantes ;
- la description morphologique ;
- les propriétés thérapeutiques vérifiées par l'usage ;
- la distinction entre espèces voisines.
Ces méthodes annoncent déjà certains principes de la botanique descriptive moderne.
Postérité
De très nombreux manuscrits illustrés de la Materia Medica ont été conservés, dont le célèbre :
Codex Vindobonensis Med. Graec. 1 ou Dioscoride de Vienne (vers 512), l'un des plus précieux manuscrits botaniques de l'Antiquité tardive. Cette œuvre constitue une source majeure pour l'histoire de la botanique et de l'illustration scientifique. (Le résultat consulté confirme l'importance des commentaires de Dioscoride mais ne détaille pas ce manuscrit spécifique.)
Chronologie
- Vers 40 apr. J.-C. : naissance à Anazarbe.
- Vers 60-70 apr. J.-C. : rédaction de la Materia Medica.
- Vers 90 apr. J.-C. : décès probable.
- Durant plus de 1 500 ans, son ouvrage demeure la référence de la médecine occidentale et orientale.
Bibliographie fondamentale
- Dioscoride, De Materia Medica (Peri hylês iatrikês).
- Éditions et commentaires de la Renaissance par Pietro Andrea Mattioli.
- Commentaires botaniques de Valerius Cordus dans Annotationes in Pedacii Dioscoridis de Materia Medica.
Abréviation botanique
Dioscoride a vécu bien avant l'établissement de la nomenclature botanique moderne ; il ne possède donc aucune abréviation botanique normalisée de type auteur IPNI.
Histoire des matières médicales
En Europe
Considéré comme un manuel de référence dans le domaine de la pharmacologie européenne et musulmane, De materia medica fut conservé et se propagea tout au long de l'Antiquité et du Moyen Âge, par des copies du texte grec sur papyrus, parchemin et papier et à travers ses traductions en latin, syriaque, arabe, persan et langues européennes.
Jusqu'au début du XVIe siècle, l'ouvrage fut abondamment recopié (et plus ou moins remanié) et l'objet de quelques exégèses, sans qu'il soit porteur d'un progrès notable dans l'analyse botanique ou thérapeutique. Le tournant s'opère à l'époque de la Renaissance, où les riches commentaires du médecin Mattioli apportent une contribution nouvelle à la matière médicale et en annoncent d'autres tant dans les prescriptions médicales qu'en botanique, comme ce fut le cas des études de terrain précises faites aux siècles suivants, par les botanistes Joseph Pitton de Tournefort et John Sibthorp. À la même époque, Charles Plumier nomma le genre Dioscorea en son honneur.
Par la suite, le texte de Dioscoride cessa peu à peu d'être l'ouvrage de référence de la matière médicale. Quand les développements des sciences biologiques et de la chimie ouvrirent un nouveau paradigme de l'évaluation des remèdes, l'objet de la recherche passa de la matière médicale aux principes actifs, de l'écorce de quinquina à la quinine, du pavot à la morphine, etc. Les plantes médicinales laissèrent progressivement la place à des remèdes chimiques aux doses parfaitement contrôlées et le nom de Dioscoride fut largement oublié. Les chercheurs ne visèrent plus à s'inscrire dans des lignées les plus longues possibles, mais ambitionnèrent de se positionner à la tête d'une marche en avant de la connaissance.
En Asie
Plusieurs des grandes traditions médicales apparues dans l'Antiquité ont produit concurremment, aux alentours du Ier siècle, des ouvrages fondateurs de leur matière médicale respectives (le Shennong bencao jing en Chine, et le Charaka Samhita en Inde). Cependant, les médecines traditionnelles chinoise ou indienne ont offert une évolution contrastée avec la médecine européenne. Au contact de la médecine moderne, elles se sont rationalisées et se sont débarrassées des notions magiques et religieuses, les plus difficilement acceptables de nos jours. Mais alors qu'elles n'ont pas effectué de ruptures épistémologiques avec les principaux concepts des anciennes médecines savantes[n 2], non seulement elles n'ont pas été laminées par la biochimie comme l'a été la médecine gréco-latine, mais elles ont continué à être exercées et même à essaimer dans de nombreuses régions du monde.
En ce qui concerne les anciennes matières médicales, qu'elles soient d'origine chinoise ou indienne, l'analyse chimique et les évaluations cliniques modernes aboutissent immanquablement à des travaux de pharmacognosie, identiques à ceux effectués partout dans le monde (voir par exemple l'ouvrage Pharmacognosie de Jean Bruneton, à valeur totalement universelle, traitant de toutes les plantes médicinales quelle que soit leur origine).
Cadre historique

Rome et l'Asie grecque de Dioscoride
Empire romain à la fin du Ier siècle
La Cilicie, la patrie de Dioscoride, se trouve à la périphérie orientale de l'empire.
Romanisation et hellénisation
Au IIe siècle av. J.-C., les Romains affermissent progressivement leur présence en Grèce, jusqu’à ce que finalement, en 146, un consul romain prenne d'assaut Corinthe et fasse de la péninsule un protectorat romain. La Cilicie, la région natale de Dioscoride, est une région côtière dans le sud-est de l'Asie mineure (Anatolie) qui, après avoir été sous la domination de la Syrie des Séleucides, fut intégrée à l'Empire romain par Pompée. Aux environs de 27 après J.-C., sous l'empereur Tibère, après son rattachement à la province romaine de Syrie, elle a dû subir une assimilation culturelle accélérée[2]. Dioscoride dut fréquenter le milieu du pouvoir romain local. L'Asie grecque, soustraite à la zone d'influence des Séleucides, possède des écoles de médecine à Pergame, Smyrne, Éphèse ou dans l'île de Cos, berceau de la médecine hippocratique, qui vont pouvoir prospérer sans subir le moindre dommage de la part des généraux romains victorieux[11].
Les vastes conquêtes romaines se sont traduites par des phénomènes d’acculturations contrastés : d'un côté une forte emprise du latin et du droit romain en Occident alors que de l'autre, en Orient, une emprise qui reste marginale. Schématiquement, la plupart des régions européennes conquises sont romanisées alors que dans la Grande Grèce, ce sont les conquérants romains qui s'hellénisent au contact des Grecs. Selon le vers célèbre d'Horace, « la Grèce conquise conquit son farouche vainqueur et apporta ses arts au Latium... » (Épîtres, II, 1, 156). Par paliers, Rome va assimiler l'hellénisme culturel non sans susciter la réaction de quelques « vieux Romains » pour défendre l'identité culturelle romaine.
Longtemps, les élites romaines manifestèrent des réactions d'attraction-répulsion vis-à-vis de la pensée spéculative grecque. Au IIe siècle av. J.-C., plusieurs décrets entraînèrent l'expulsion de trois philosophes grecs qu’Athènes avait envoyés au Sénat romain en 155 avant J.-C. Ils effrayèrent à ce point Caton qu'il les fit chasser au plus vite[12]. L. Mummius qui avait brutalement mis à sac Corinthe, la métropole de l'art, fait par ailleurs envoyer à Rome les chefs-d’œuvre de la statuaire et de la peinture et joint au butin des esclaves instruits, des pédagogues et des médecins[13].
La médecine du paterfamilias résiste à l'hippocratisme grec
À Rome, traditionnellement, les soins de la maisonnée relevaient du paterfamilias et reposaient sur les vertus du chou, souverain sous toutes ses formes contre la goutte, la mélancolie, les palpitations et sur quelques incantations contre les cas de luxations et de fractures, le reste n'étant que mensonges des Grecs. Le peuple romain n'a jamais attribué à l'art médical une très grande dignité. Le peu d'estime pour ceux qui exerçaient cette activité a fait que pendant longtemps, quelques grandes familles possédaient un médecin-esclave pour leur usage privé.
Pline l'Ancien, qui n'était pas médecin mais un encyclopédiste romain contemporain de Dioscoride, consacre plusieurs livres de sa monumentale Histoire naturelle à la médecine. Il commence son livre XXIX en affirmant qu'il est le premier à traiter dans la langue latine de l'art médical. Il se livre ensuite à un réquisitoire impitoyable contre les médecins grecs. Il rapporte ces paroles de Caton dans ses préceptes à l'intention du fils :
« Je te parlerai de ces maudits Grecs... Je te démontrerai que c'est une race vile entre toute et rebelle, et crois bien que c'est parole d'oracle que de dire : quand cette vilaine nation apportera sa littérature, elle corrompra tout, et encore davantage si elle envoie ses médecins. Ils se sont jurés entre eux de tuer tous les Barbares au moyen de la médecine, et ils se font encore payer pour cela, afin de gagner leur confiance et de les anéantir facilement. »
Ces préjugés anti-médicaux découlent du fait que les premiers professionnels de la médecine n'étaient pas des Romains authentiques, qu'ils jargonnaient dans une langue incompréhensible, qu'on les disait avides car ils faisaient payer des services qui jusque-là n'étaient pas rétribués. La médecine est jugée comme un art étranger, suscitant une opposition surtout morale et patriotique du peuple romain.
Date de dernière mise à jour : 21/10/2026
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